La longue histoire sans fin de Guantánamo

Répondant rapidement à sa promesse électorale, dès le 22 janvier 2009, le président Obama ordonnait la fermeture du camp de Guantánamo. Mais voilà qu’en janvier 2016, 104 personnes y sont toujours détenues dans des conditions difficiles et inacceptables. Un groupe d’experts parmi lesquels on trouve le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture, Juan E. Mendez publiait une lettre ouverte le 11 janvier 2016 pour l’occasion du 14e anniversaire de l’ouverture du camp, s’adressant au gouvernement américain et lui demandant d’exécuter la fermeture de Guantánamo sans tarder.

Le camp de détention de Guantánamo a été ouvert le 11 janvier 2002, suite aux événements du 11 septembre 2001, dans la foulée de la guerre contre le terrorisme. De la centaine de détenus qui y séjournent toujours, la moitié d’entre eux pourraient être libérés et l’autre, non, étant maintenus en détention illimitée sans inculpation, leur situation étant réexaminée tous les 3 ans par le système de révision périodique. Seulement une dizaine de cas sont en procès en commission militaire. L’ensemble de l’opération se déroule en parallèle du système judiciaire régulier et ces procédures d’exception mises en place à Guantánamo ont d’ailleurs été déclarées illégales par la Cour Suprême des États-Unis en 2006.

Du côté des pratiques, on peut pointer du doigt les techniques d’interrogatoire renforcées, les détentions arbitraires et secrètes, ainsi que les mauvais traitements. Notamment, il est connu que Guantánamo est un camp de torture (et on en témoigne encore aujourd’hui). Même si le président Obama a interdit la torture en 2009, l’impunité subsiste pourtant. Nous ne pouvons imaginer ce que cela signifie d’être en détention illimitée sans inculpation et de subir des mauvais traitements qui nous semblent sans fin.

Les raisons pour lesquelles il est difficile de fermer Guantánamo sont diverses. Selon l’avocat militaire Sterling Thomas, elles révèlent une complexité qui n’est que renforcée par l’actualité. Même si la Maison-Blanche dit élaborer un plan de fermeture de la prison, il demeure qu’elle tarde à communiquer son plan au Congrès en raison des récentes attaques terroristes à Paris entre autres. Malgré cette difficulté, le président Obama persiste, et encore, dans son discours sur l’état de l’Union le 12 janvier 2016, il fait la promesse de fermer ce programme coûteux et aberrant.

La lettre ouverte des experts mentionnée plus haut indique la fermeture du camp de Guantánamo, mais elle va un peu plus loin en soutenant qu’une pleine réparation devrait être rendue aux détenus sans inculpation pour la violation de leur liberté. Elle indique aussi de démanteler les commissions militaires pour que les détenus inculpés puissent bénéficier de procédures judiciaires régulières. L’ACAT Canada insiste enfin sur la demande des experts au gouvernement américain d’organiser la surveillance du phénomène de la torture et d’arrêter les tortionnaires pour leurs délits.

Liens pour approfondir le sujet

L’ordre exécutif de fermeture en 2009 : https://www.whitehouse.gov/the_press_office/ClosureOfGuantanamoDetentionFacilities

La lettre des experts en 2016 : http://www.ohchr.org/Documents/Issues/SRTorture/OpenLetterGTMOJan11_2016.docx

L’article d’ACAT France avec l’avocat militaire : http://www.acatfrance.fr/actualite/guantanamo–une-torture-sans-fin

L’article dans Un monde tortionnaire : http://unmondetortionnaire.com/Obama-et-la-torture-peut-mieux

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